Modification d’entreprise

Comment se déroule la transformation d’une SARL en SAS ?

LS Compta Équipe LS Compta
8 min de lecture

Beaucoup de sociétés adoptent la SARL au démarrage, puis se heurtent à son cadre légal rigide au moment d’ouvrir le capital ou de faire évoluer la gouvernance. Le passage en SAS répond à ce besoin de souplesse, sans rupture de continuité pour la société ni transfert d’activité. La procédure reste toutefois encadrée, avec une décision à l’unanimité, l’intervention obligatoire d’un commissaire à la transformation et un calendrier de formalités serré. LS Compta détaille chaque étape, les effets sur le statut du dirigeant et le budget à prévoir.

Que signifie transformer une SARL en SAS ?

Transformer une SARL en SAS consiste à changer la forme juridique de la société sans mettre fin à son existence. La transformation régulière n’entraîne pas la création d’une société nouvelle. La SAS conserve donc les mêmes biens, les mêmes droits et les mêmes obligations que la SARL, ainsi que son numéro Siren, ses contrats en cours et son ancienneté.

Le vocabulaire change en même temps que la forme. Les parts sociales deviennent des actions, les associés deviennent des actionnaires et le gérant laisse la place à un président. Ces requalifications ne sont pas cosmétiques puisqu’elles emportent des règles de cession, de gouvernance et de protection sociale différentes.

Cette opération se distingue nettement d’une cession ou d’un apport. Aucun élément d’actif n’est transféré à une autre structure et aucun repreneur n’entre nécessairement au capital. La société poursuit son activité, avec les mêmes salariés et les mêmes engagements bancaires, sous un régime juridique différent.

Pourquoi transformer une SARL en SAS ?

La SARL est régie par un cadre légal détaillé qui laisse peu de place à l’aménagement contractuel. La SAS repose à l’inverse sur la liberté statutaire, ce qui permet d’organiser la direction, les droits de vote et les conditions d’entrée ou de sortie au capital dans les statuts. C’est le premier moteur de la transformation, en particulier lorsqu’un investisseur souhaite entrer au capital avec des droits spécifiques.

Le statut du dirigeant pèse tout autant dans la décision. Le gérant majoritaire de SARL relève du régime des travailleurs indépendants, alors que le président de SAS rémunéré relève du régime général de la sécurité sociale. Les critères qui départagent une SARL ou SAS au moment de la création sont les mêmes que ceux qui motivent une transformation plusieurs années plus tard.

Un troisième motif tient à la circulation des titres. En SARL, l’entrée d’un tiers suppose un agrément à la majorité des associés représentant au moins la moitié des parts, et la cession supporte un droit d’enregistrement de 3 %. En SAS, les conditions d’agrément sont fixées librement par les statuts et le droit d’enregistrement tombe à 0,1 %.

À noter

La SARL doit compter au maximum 100 associés, contre aucun plafond en SAS. Une société qui prévoit d’élargir largement son actionnariat trouve dans la SAS un cadre plus adapté à cette croissance.

Quelles sont les étapes de la transformation d’une SARL en SAS ?

La procédure suit un ordre précis, dont l’inversion fait perdre plusieurs semaines. Le rapport du commissaire précède toujours l’assemblée, et les trois formalités de publicité interviennent dans le mois qui suit la décision.

  1. Faire intervenir un commissaire à la transformation, chargé d’apprécier la valeur des biens composant l’actif et les avantages particuliers, et d’attester que les capitaux propres sont au moins égaux au capital social. Ce rôle revient au commissaire aux comptes de la société si elle en est dotée. À défaut, le commissaire est choisi sur une liste d’experts, à l’unanimité des associés ou par le tribunal de commerce en cas de désaccord.
  2. Déposer le rapport au greffe du tribunal de commerce et le tenir à disposition des associés au siège, au moins 8 jours avant l’assemblée.
  3. Réunir l’assemblée générale extraordinaire et voter la transformation à l’unanimité, comme l’exige l’article L. 227-3 du Code de commerce. Le procès-verbal doit mentionner l’approbation expresse du rapport sur la valeur des biens sociaux.
  4. Adopter les nouveaux statuts adaptés à la SAS et nommer le président. Modifier les statuts est indissociable de la transformation, puisque le cadre légal de la SARL ne peut pas s’appliquer à une société par actions.
  5. Transmettre le procès-verbal au service de la publicité foncière et de l’enregistrement dans un délai d’un mois.
  6. Publier un avis dans un support d’annonce légale dans le même délai, en indiquant la forme abandonnée, la nouvelle forme, la dénomination, l’adresse du siège, le numéro Siren et le montant du capital.
  7. Déclarer le changement de forme sur le guichet des formalités des entreprises dans le mois, avec le procès-verbal enregistré, les statuts mis à jour, le rapport du commissaire et l’attestation de parution.

Attention

En l’absence de rapport du commissaire à la transformation, l’opération n’est pas valable. Ce point est régulièrement négligé lorsque la société n’a jamais eu de commissaire aux comptes et découvre l’obligation quelques jours avant l’assemblée.

Quelles conséquences pour le dirigeant et les associés ?

Le changement le plus sensible concerne la protection sociale du dirigeant. Le gérant majoritaire de SARL a le statut de travailleur non salarié et cotise auprès de la sécurité sociale des indépendants. Devenu président de SAS et rémunéré à ce titre, il relève du régime général et bénéficie de l’assurance maladie-maternité, des allocations familiales, de la retraite de base et complémentaire ainsi que de la prévoyance, sans droit à l’assurance chômage.

Ce basculement ne concerne pas tous les dirigeants. Un gérant minoritaire ou égalitaire est déjà assimilé salarié et affilié au régime général. Pour lui, le changement de régime social du dirigeant est nul, seules les règles de gouvernance évoluent. La transformation modifie en revanche la qualité du dirigeant lui-même, la SARL imposant un gérant personne physique là où la SAS ouvre d’autres possibilités statutaires.

Les cessions de titres changent également de régime. Une cession d’actions supporte un droit d’enregistrement de 0,1 %, contre 3 % pour une cession de parts sociales, après application d’un abattement égal au rapport entre 23 000 € et le nombre total de parts, multiplié par le nombre de parts cédées (article 726 du CGI).

Exemple

Sofia détient 300 des 1 000 parts d’une SARL et cède l’intégralité de sa participation pour 60 000 €. L’abattement s’élève à 23 € par part, soit 6 900 €, et les droits d’enregistrement atteignent 3 % de 53 100 €, soit 1 593 €. Après transformation en SAS, la même opération portant sur des actions coûte 60 € en droits d’enregistrement.

Quelles sont les conséquences fiscales de la transformation ?

Le principe est celui de la neutralité. Lorsque la société issue de la transformation relève du même régime fiscal qu’auparavant, l’opération n’emporte aucune conséquence fiscale immédiate. Une SARL soumise à l’impôt sur les sociétés qui devient une SAS soumise au même impôt poursuit donc son exercice sans imposition anticipée.

La situation diffère radicalement en cas de changement de régime d’imposition. Une SARL de famille ou une SARL ayant opté pour l’impôt sur le revenu qui bascule vers l’impôt sur les sociétés subit les mêmes conséquences qu’une cessation d’entreprise, avec imposition immédiate des résultats de l’exercice en cours. Les bénéfices en sursis et les plus-values latentes échappent toutefois à cette imposition immédiate lorsque les valeurs comptables ne sont pas modifiées et que leur imposition reste possible sous le nouveau régime.

La date d’effet de la transformation mérite donc d’être arrêtée en fonction de l’exercice comptable et du régime fiscal visé, avant la convocation de l’assemblée.

Service LS Compta

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Combien coûte la transformation d’une SARL en SAS ?

Le budget se compose de frais obligatoires et d’honoraires variables. Le poste le plus prévisible reste la publicité légale, tarifée au forfait depuis l’arrêté du 19 novembre 2021 et revalorisée pour 2026.

PosteMontant
Annonce légale de transformation, France métropolitaine et Antilles-Guyane199 € HT
Annonce légale de transformation, La Réunion et Mayotte229 € HT
Émoluments de greffe pour l’inscription modificativeselon le tarif réglementé en vigueur
Honoraires du commissaire à la transformationselon la taille du bilan
Rédaction des nouveaux statutsselon le prestataire retenu

Les tarifs d’annonce légale résultent de l’arrêté du 19 novembre 2025, applicable depuis le 1er janvier 2026. Les honoraires du commissaire constituent en pratique le poste le plus élevé et le plus variable, puisque sa mission suppose l’examen des comptes et l’évaluation des éléments d’actif.

Sources

Changer la forme juridique de la société, sur entreprendre.service-public.gouv.fr

Tarif 2026 des annonces légales, sur entreprendre.service-public.gouv.fr

Transformation d’une société et conséquences fiscales, sur bpifrance-creation.fr

Cessions de droits sociaux, régime de droit commun, sur bofip.impots.gouv.fr

FAQ

Un seul associé peut-il bloquer la transformation en SAS ?

Oui. L’article L. 227-3 du Code de commerce impose l’unanimité des associés pour toute transformation en société par actions simplifiée. Un associé minoritaire, même détenteur d’une seule part, peut donc s’opposer à l’opération.

La société conserve-t-elle son numéro Siren après la transformation ?

Oui. La transformation régulière ne crée pas de société nouvelle. Le numéro Siren, les contrats en cours, les comptes bancaires et l’ancienneté de la société sont maintenus, seule la forme juridique évolue.

Peut-on transformer une EURL en SASU selon la même procédure ?

Oui. L’EURL étant une SARL à associé unique, la procédure reste identique, à ceci près que la décision est prise par l’associé unique et non par une assemblée. Le rapport du commissaire à la transformation demeure exigé.

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