Livrer des repas avec l’application Deliveroo attire chaque année de nouveaux coursiers, séduits par la liberté de se connecter quand ils le souhaitent. Cette liberté a une contrepartie. Le livreur n’est pas salarié de la plateforme mais prestataire indépendant, et il porte seul ses obligations sociales, fiscales et d’assurance.
Quelles conditions Deliveroo impose-t-il avant de valider une inscription ? Quel statut adopter, combien de cotisations prévoir et faut-il facturer la TVA ? Quelles protections la loi et les accords conclus sous l’égide de l’ARPE apportent-ils aux livreurs de plateformes ?
Quelles conditions pour devenir livreur Deliveroo ?
Pour devenir livreur Deliveroo, il faut d’abord remplir les conditions d’inscription fixées par la plateforme elle-même. Sur sa page de candidature consultée en octobre 2026, Deliveroo exige cinq éléments :
- être âgé de 18 ans ou plus ;
- être enregistré en tant que travailleur indépendant en France ;
- disposer d’un scooter, d’un vélo, y compris électrique, ou d’un vélo cargo, avec le permis et l’assurance correspondants ;
- porter un équipement de sécurité, comme un casque ;
- utiliser un smartphone récent (iOS 17.0 ou Android 8 au minimum) doté de la technologie NFC et de deux caméras.
Le dossier en ligne se prépare avec une carte d’identité ou un passeport et la preuve de votre statut d’indépendant. L’ordre des démarches compte donc. Vous créez votre entreprise avant de candidater, et non l’inverse.
Le choix du véhicule a aussi des conséquences réglementaires. À vélo, vous exercez sans formalité de transporteur. Avec un scooter, la livraison de repas entre dans le champ du transport routier de marchandises. La fiche service-public consacrée au transporteur routier cite expressément la « livraison de repas avec des véhicules 2 roues motorisés ». Vous devez alors justifier d’une capacité professionnelle, de l’honorabilité et d’une capacité financière de 1 800 € pour un premier véhicule léger en métropole, puis obtenir votre inscription au registre des transporteurs.
À noter : le vélo cargo permet, selon Deliveroo, d’accéder à des commandes plus volumineuses, mieux rémunérées. Ce choix évite les obligations de transporteur liées au scooter tout en élargissant les courses accessibles.
Une fois l’inscription validée, l’application propose des commandes dès que vous êtes connecté dans une zone couverte. Vous restez libre d’accepter ou de refuser chaque proposition.
Comment créer votre micro-entreprise de livreur ?
Deliveroo ne travaille qu’avec des indépendants, et le livreur doit donc disposer d’une structure avant sa première course. Le statut juridique le plus répandu est celui de micro-entrepreneur (ou auto-entrepreneur), un régime simplifié de l’entreprise individuelle. Exercer en société (SASU, EURL) reste juridiquement possible, mais ses coûts de gestion se justifient rarement pour une activité de livraison qui démarre.
La micro-entreprise présente deux atouts pour un coursier : des cotisations calculées sur le chiffre d’affaires réellement encaissé, et une déclaration de ce chiffre d’affaires chaque mois ou chaque trimestre.
La création d’une micro-entreprise de livreur suit quatre étapes :
- déclarer votre activité en ligne, avec une pièce d’identité et un justificatif de domiciliation ;
- recevoir le justificatif d’inscription au registre national des entreprises, qui mentionne votre numéro SIREN ;
- déposer votre candidature sur le site de Deliveroo avec ces justificatifs ;
- déclarer ensuite votre chiffre d’affaires à l’Urssaf, chaque mois ou chaque trimestre.
Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités de création, de modification ou de fermeture d’entreprise doivent transiter sur le guichet unique de l’INPI. Ces démarches peuvent être réalisées en autonomie ou avec l’accompagnement d’un professionnel du droit. La déclaration d’une micro-entreprise y est gratuite, et Legalstart accompagne les entrepreneurs dans leurs démarches sur le guichet unique pour limiter les risques d’erreur et gagner du temps.
Bon à savoir : un même numéro SIREN vous permet de livrer pour plusieurs plateformes. Si vous travaillez déjà avec une autre application, inutile de créer une seconde entreprise pour rejoindre Deliveroo.
Avec un scooter, la déclaration d’activité ne suffit pas. L’autorisation d’exercer comme transporteur, décrite plus haut, doit être obtenue avant les premières livraisons.
Quelles cotisations et quels impôts pour un livreur Deliveroo ?
En micro-entreprise, les cotisations sociales se calculent en appliquant un pourcentage au chiffre d’affaires déclaré chaque mois ou chaque trimestre. La livraison relève des prestations de services commerciales (BIC) : selon la fiche service-public sur les cotisations du micro-entrepreneur, le taux est de 21,2 % du chiffre d’affaires en 2026.
Prenons l’exemple de Karim, coursier à vélo cargo à Lyon, qui encaisse 2 000 € de courses sur un mois. Il déclare cette somme à l’Urssaf et règle 424 € de cotisations sociales. Il conserve 1 576 € avant impôt sur le revenu et frais de matériel.
Au démarrage, l’aide à la création ou à la reprise d’une entreprise (Acre) réduit la facture. Pour une activité de prestation de services BIC, elle ramène le taux à 15,9 % au lieu de 21,2 %, soit une exonération de 25 %.
L’Acre pour auto-entrepreneur reste réservée à certains profils, comme les demandeurs d’emploi indemnisés ou les bénéficiaires du RSA. La demande se dépose dans les 60 jours suivant le début d’activité, et l’Urssaf dispose de 30 jours pour statuer.
Côté impôt sur le revenu, deux options s’offrent au livreur :
- le régime micro-fiscal par défaut, qui applique un abattement forfaitaire de 50 % au chiffre d’affaires avant imposition au barème progressif ;
- le versement libératoire, accessible sous condition de revenu fiscal de référence, qui porte le prélèvement global à 22,9 % du chiffre d’affaires, cotisations sociales comprises.
Enfin, la cotisation foncière des entreprises (CFE) est due par toute entreprise. Elle ne s’applique pas tant que le chiffre d’affaires de l’avant-dernière année (N-2) n’a pas dépassé 5 000 €.
Un livreur Deliveroo doit-il facturer la TVA ?
Dans la plupart des cas, un livreur Deliveroo ne facture pas de TVA. La franchise en base de TVA dispense de facturer la TVA tant que le chiffre d’affaires de l’année précédente ne dépasse pas 37 500 € pour une activité de prestation de services en 2026. L’année en cours, le seuil majoré est fixé à 41 250 €. Au-delà, la TVA s’applique dès le premier jour de dépassement.
L’année de démarrage, le seuil de la franchise en base se calcule au prorata du temps d’activité. Un livreur qui commence en cours d’année doit donc rapporter son chiffre d’affaires à la durée réelle d’exploitation.
Le régime micro-entreprise lui-même reste accessible tant que le chiffre d’affaires ne dépasse pas 83 600 € pour une prestation de services en 2026. Le dépassement de ce plafond sur une seule année ne fait pas sortir du régime.
Au-delà de la TVA, le micro-entrepreneur doit se procurer les registres obligatoires de son activité. Si votre activité grandit ou si vous passez en société, un expert-comptable comme LS Compta peut prendre en charge vos déclarations et vos comptes annuels.
Quelles assurances pour livrer avec Deliveroo ?
La première obligation d’assurance concerne le véhicule. Tout véhicule terrestre à moteur qui circule sur la voie publique doit être assuré au minimum en responsabilité civile. Un livreur en scooter a donc intérêt à vérifier que son contrat couvre bien un usage pour la livraison.
Deliveroo met en outre à disposition des livreurs éligibles, sans frais, deux couvertures :
- une assurance accident, active dès l’acceptation d’une commande et jusqu’à 15 minutes après la fin ou l’annulation de la livraison ;
- une assurance de responsabilité civile, qui couvre les dommages causés à un tiers pendant l’utilisation de l’application.
Ces garanties, décrites par Deliveroo sur son site en juillet 2026, s’appliquent sous réserve des conditions et exclusions des contrats. Elles ne jouent que pendant l’utilisation de l’application Deliveroo.
Le Code du travail ajoute une protection propre aux travailleurs des plateformes. Selon l’article L7342-2 du Code du travail, lorsque vous souscrivez une assurance accidents du travail ou l’assurance volontaire prévue à l’article L743-1 du Code de la sécurité sociale, la plateforme prend en charge votre cotisation, dans la limite d’un plafond. Cette prise en charge suppose un chiffre d’affaires réalisé sur la plateforme au moins égal à 13 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 6 247,80 € en 2026 (13 % de 48 060 €).
Quels droits et garanties pour un livreur de plateforme ?
Les livreurs Deliveroo relèvent d’un régime spécifique, créé par les articles L7341-1 et suivants du Code du travail. Il s’applique aux indépendants qui exercent via une plateforme de mise en relation électronique. Lorsque la plateforme fixe les caractéristiques et le prix de la prestation, elle a envers eux une responsabilité sociale (article L7342-1), qui ouvre plusieurs droits :
- la prise en charge de la contribution à la formation professionnelle et, à votre demande, des actions de validation des acquis de l’expérience (article L7342-3) ;
- le droit de mener des refus concertés de service sans sanction, sauf abus (article L7342-5) ;
- le droit de créer un syndicat ou d’y adhérer (article L7342-6) ;
- l’accès aux données relatives à votre activité sur la plateforme (article L7342-7).
La représentation des livreurs passe par l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE). Tous les quatre ans, elle organise un scrutin qui mesure l’audience des organisations de travailleurs (article L7343-5). Les organisations reconnues représentatives négocient ensuite des accords de secteur avec les plateformes, sur la rémunération ou les conditions d’activité.
C’est dans ce cadre qu’a été signé l’avenant à l’accord du 20 avril 2023 sur la garantie minimale de revenus. D’après l’annonce publiée par l’ARPE, cette garantie passe de 11,75 € à 19 € par heure d’activité depuis le 1er septembre 2026, et elle s’apprécie désormais chaque semaine. Deliveroo précise que ce minimum porte sur le temps estimé de chaque commande, de son acceptation à sa livraison.
Ce socle de droits rapproche les livreurs Deliveroo des autres coursiers de plateformes, ceux qui exercent par exemple comme livreur Uber Eats. Il ne modifie pas leur statut : ils restent des entrepreneurs indépendants, libres de leurs horaires et responsables de leurs déclarations.