Vous dirigez une SASU et une idée d’activité complémentaire vous trotte dans la tête. Ou vous êtes déjà auto-entrepreneur, et un projet plus ambitieux vous pousse à créer une société. Beaucoup d’entrepreneurs se retrouvent un jour à cheval entre ces deux mondes, sans savoir si la loi les y autorise.
Le cumul est-il vraiment permis, et à quelles conditions ? Comment se combinent les cotisations sociales et la fiscalité de chaque structure ? Vaut-il mieux, finalement, cumuler ou choisir un seul statut ? Voici ce que prévoit la règle en 2026.
Peut-on être président de SASU et auto-entrepreneur en même temps ?
Oui, rien n’interdit de diriger une SASU tout en exerçant une activité d’auto-entrepreneur. Aucun texte ne s’y oppose, sous une seule réserve détaillée plus bas. Le cumul SASU et auto-entrepreneur est donc parfaitement légal.
Encore faut-il bien comprendre ce que l’on additionne. La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) est une société, c’est-à-dire une personne morale dotée de son propre patrimoine, dont vous êtes le président. L’auto-entrepreneur, lui (ou micro-entrepreneur), n’est pas une société mais un régime simplifié de l’entreprise individuelle, où l’activité et la personne ne font qu’un. Les formalités pour créer une SASU, avec statuts, dépôt de capital et immatriculation, sont d’ailleurs bien plus lourdes que la simple déclaration en ligne d’une micro-entreprise.
Cette différence de nature explique pourquoi le cumul fonctionne. Vous ne réunissez pas deux sociétés, mais une société que vous dirigez et une activité indépendante exercée en votre nom propre. Une limite existe toutefois. Une même personne ne peut détenir qu’une seule entreprise individuelle, ce qui vous interdit d’ouvrir deux micro-entreprises, mais rien ne vous empêche d’en tenir une à côté de votre société.
À noter : présider une SASU et tenir une micro-entreprise ne fait pas de vous le salarié de votre propre auto-entreprise. Pour cette activité, vous restez un travailleur indépendant, sans contrat de travail.
À quelles conditions cumuler les deux statuts ?
Le cumul est autorisé, mais il repose sur une règle non négociable. Vos deux activités doivent être réellement différentes. Une SASU de conseil en informatique et une micro-entreprise de vente de cosmétiques, par exemple, cohabitent sans difficulté. Les conditions pour devenir auto-entrepreneur ne changent d’ailleurs pas du fait que vous présidez déjà une société.
Trois conditions encadrent ce cumul :
- des activités distinctes, sans même objet ni même clientèle ;
- le respect des plafonds de la micro-entreprise, votre chiffre d’affaires en auto-entreprise restant plafonné indépendamment de celui de la SASU ;
- une comptabilité séparée, chaque structure tenant ses propres comptes, factures et relevés bancaires.
Le risque de requalification constitue le point de vigilance majeur. Si l’administration estime que vous avez artificiellement scindé une même activité entre une société et une micro-entreprise, pour profiter deux fois des plafonds ou de la franchise de TVA, elle peut requalifier le montage en abus de droit et procéder à un redressement. Les facturations croisées entre vos deux structures sont, pour la même raison, à proscrire.
Comme ce risque est avant tout comptable et fiscal, il est possible de faire appel à un expert-comptable comme LS Compta pour sécuriser la séparation des activités et fiabiliser vos deux comptabilités.
Quel régime social quand on cumule SASU et micro-entreprise ?
Cumuler les deux statuts revient aussi à cumuler deux régimes sociaux qui fonctionnent en parallèle. Leur articulation dépend d’abord de votre rémunération de président de SASU.
Si vous vous versez une rémunération, vous êtes assimilé salarié. Vous relevez alors du régime général de la Sécurité sociale, hors assurance chômage, et cotisez à ce titre, ce qui vous ouvre une protection sociale solide en matière de maladie et de retraite. Si, à l’inverse, vous ne percevez aucune rémunération au titre de votre mandat, vous ne payez aucune cotisation pour la SASU, car le statut d’assimilé salarié ne joue que si vous êtes effectivement rémunéré.
En parallèle, votre micro-entreprise génère ses propres cotisations sociales, calculées sous forme d’un pourcentage du chiffre d’affaires encaissé. En 2026, ce taux atteint 12,3 % pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales et 25,6 % pour les activités libérales non réglementées, comme l’indique le site de l’Urssaf. Un mois sans facturation ne génère aucune cotisation.
Les deux régimes coexistent sans fusionner. En revanche, cotiser des deux côtés pour l’assurance maladie ne double pas vos remboursements, puisque c’est votre régime de rattachement principal qui vous couvre.
Important : un président de SASU non rémunéré ne se constitue aucun droit à la retraite ni à l’assurance maladie au titre de ce mandat. Ce sont alors les revenus de votre auto-entreprise qui vous ouvrent des droits sociaux.
Quelle fiscalité et quelle TVA pour le cumul ?
Sur le plan fiscal aussi, chaque structure vit sa propre vie. La SASU est soumise à l’impôt sur les sociétés (IS). Ses bénéfices sont taxés à 15 % jusqu’à 42 500 €, puis à 25 % au-delà, pour les sociétés qui remplissent les conditions du taux réduit. La rémunération que vous vous versez est imposée à l’impôt sur le revenu, dans la catégorie des traitements et salaires. En tant que président actionnaire, vous pouvez aussi opter pour des dividendes, soumis au prélèvement forfaitaire unique ou, sur option, au barème progressif de l’impôt sur le revenu avec un abattement de 40 %.
Votre micro-entreprise, elle, échappe à l’IS. Son chiffre d’affaires est directement imposé à l’impôt sur le revenu, après un abattement forfaitaire, ou via le versement libératoire si vous y êtes éligible. Son imposition reste donc totalement indépendante du résultat de votre société.
C’est sur la TVA que la séparation devient la plus intéressante. Chaque structure dispose de sa propre franchise de TVA. Votre micro-entreprise facture sans TVA tant qu’elle reste sous les seuils de TVA qui lui sont propres, soit 85 000 € pour la vente et 37 500 € pour les services en 2026, même si votre SASU facture déjà la TVA de son côté. Les deux plafonds ne s’additionnent pas et ne se compensent pas, puisqu’ils s’apprécient structure par structure.
Bon à savoir : chaque structure est en principe redevable de la cotisation foncière des entreprises (CFE). Vous en êtes toutefois exonéré l’année de création, et votre micro-entreprise l’est totalement tant que son chiffre d’affaires reste sous 5 000 € par an.
Faut-il cumuler ou choisir entre SASU et auto-entrepreneur ?
Le cumul n’a rien d’obligatoire. Il prend tout son sens lorsque vous portez deux projets réellement distincts, ou lorsque vous voulez tester une nouvelle activité en micro-entreprise sans toucher à votre société. Si, au contraire, vous hésitez encore sur la forme à donner à un projet unique, la vraie question n’est plus de cumuler, mais de choisir la structure la mieux adaptée.
Le tableau ci-dessous résume les principales différences entre les deux statuts, telles que les présente service-public.fr.
| Critère | Auto-entrepreneur | SASU |
|---|---|---|
| Responsabilité | Limitée au patrimoine professionnel, séparé du patrimoine personnel | Limitée aux apports |
| Capital social | Aucun | 1 € minimum |
| Création | Déclaration en ligne | Statuts, capital, immatriculation |
| Plafond de chiffre d’affaires | 203 100 € (vente) ou 83 600 € (services) en 2026 | Aucun |
| Fiscalité | Impôt sur le revenu (micro-fiscal) | Impôt sur les sociétés, option IR possible 5 ans |
| Régime social | Travailleur indépendant | Assimilé salarié si rémunéré |
| TVA | Franchise sous les seuils | TVA dès le premier euro, sauf franchise |
| Comptabilité | Allégée (livre des recettes) | Complète (bilan, compte de résultat) |
Concrètement, l’auto-entreprise séduit par sa simplicité et ses charges assises sur le seul chiffre d’affaires, tandis que la SASU offre un cadre plus structurant, sans plafond, mieux adapté à une activité appelée à grandir ou à accueillir de nouveaux actionnaires. Beaucoup d’entrepreneurs démarrent en micro-entreprise avant de basculer en société une fois l’activité installée.